Entre rédiger un mail et remplir les onze onglets Excel
Quand j’ai commencé à former des équipes à l’IA, j’avais peur de me lasser. De répéter toujours la même chose. Un an plus tard, je constate plutôt qu’aucune séance ne se ressemble.
Et surprise : ce n’est pas dû à la vitesse effrénée à laquelle les outils changent. Loin de là.
Un jour, une participante de prime abord plutôt réfractaire à l’IA est venue me voir en fin d’atelier et m’a confié que, sans avoir totalement changé d’avis, elle était contente d’être venue et d’avoir mieux saisi le champ des possibles.
Ce jour-là, la session m’avait vidée et je n’avais pas tout de suite manifesté mon plaisir d’avoir été utile. Heureusement, car mon petit cri de victoire n’aurait pas duré.
Elle a poursuivi en me disant qu’elle voyait bien ce que l’IA pouvait apporter aux postes de direction… mais pas au sien. Elle était assistante administrative.
C’est là que je me suis dit que j’avais totalement raté l’atelier.
Mon pari était simple : montrer assez de possibilités pour que chacun imagine ce que l’IA pourrait changer dans son travail. Je laissais à leur imagination le soin de faire le lien entre les démos et la réalité de leur quotidien.
C’était beaucoup demander.
Quand on connaît mal un outil, on vise souvent trop petit (corriger des fautes, rédiger un mail, résumer un document) ou trop grand (remplir les onze onglets d’un fichier Excel).
Autrement dit, entre l’assistant sympa mais gadget et le sésame qui ouvrira la refonte (que dis-je, l’AUTOMATISATION !) d’un processus entier, difficile de trouver un cas d’usage qui soit de la bonne taille. Une tâche assez précise pour être expliquée, mais aussi assez importante pour retirer un vrai irritant. Et avec un résultat que l’on peut vérifier, un gain de temps que l’on peut mesurer et un ROI que l’on peut évaluer dans un bilan financier…
Bon.
En pratique, cette bonne taille ne se trouve pas dans une liste de cas d’usage. Il faut partir du travail de la personne.
Pour cette participante, cela aurait voulu dire reprendre ce qu’elle faisait chaque jour : ouvrir des fichiers, les renommer, vérifier des documents. Puis choisir une seule étape. Par exemple, laisser l’IA examiner un lot de documents selon ses critères et lui signaler ceux qui demandaient son attention.
Rien de spectaculaire. Une étape de moins dans sa journée, sans lui retirer le contrôle.
C’est peut-être là que former à l’IA devient si personnel. Je peux montrer les mêmes possibilités à toute une salle. Je ne peux pas décider à la place de chacun où l’IA pourrait entrer dans son travail.
Je cherche encore comment faire ce passage en collectif.