Une société sans emploi n’est pas une société sans travail
Si l’IA finit par travailler à notre place, il faudra imaginer une société sans emploi.
Dans le scénario prospectif de Peter Diamandis, les machines finiraient par conduire, diagnostiquer, construire, enseigner et produire. Les entreprises auraient de moins en moins besoin de payer des humains. Un revenu universel et la baisse du coût de la vie remplaceraient progressivement le salaire.
Mais le travail ne saurait se réduire à une somme de compétences.
Un emploi est une forme rémunérée et organisée du travail. Il peut être décomposé en tâches : écrire un rapport, poser un diagnostic, déplacer une palette, préparer un cours. Puis chaque tâche peut être confiée à une machine.
Le travail va au-delà d’une liste de tâches à faire.
Pour beaucoup, il offre aussi une responsabilité, une confrontation avec un réel qui résiste, le sentiment de contribuer à quelque chose qui dépasse sa propre consommation.
Laurent Alexandre voit surtout dans le travail une discipline nécessaire sans laquelle nous finirions sous Prozac. Diamandis le traite comme un coût de production que la technologie peut ramener à zéro.
Les deux le réduisent : l’un à sa contrainte, l’autre à ses compétences.
L’IA peut supprimer des tâches, fragiliser des métiers et rendre l’emploi moins nécessaire à la production. Elle ne fait pas disparaître les autres fonctions que nous avons confiées au travail.
Le revenu universel répondrait à la disparition du salaire. Il ne dirait rien de la responsabilité, de la contribution ou de la place parmi les autres.
C’est la vraie question d’une société post-emploi : que choisirons-nous d’appeler « travail » lorsque l’emploi ne sera plus là pour en fixer les contours ?
Il faudra alors apprendre à reconnaître le soin, l’apprentissage, la création ou l’engagement comme du travail, même lorsqu’aucune fiche de poste ne les réclame.