Le calvaire du dernier kilomètre… Quand l’IA a « presque » fini
Le texte IA le plus trompeur n’a pas l’air mauvais. Il a l’air terminé.
J’ai passé assez de temps à m’arracher les cheveux sur des textes générés par l’IA pour savoir ce qui m’énerve. Rien n’y est manifestement faux. Un vernis brillant et semi-transparent fait de phrases fluides et d’affirmations logiques rend le tout convaincant.
La tentation est grande de l’envoyer, après « deux ou trois modifications ».
Ces petites corrections deviennent vite une heure de calvaire. On finit par comprendre qu’on est loin du compte. Not quite there, comme disent les Anglais.
Le texte manque de justesse dans le raisonnement, dans la manière d’amener les choses, dans le phrasé.
Il faut relire chaque phrase pour retirer le fameux AI slop : le tiret cadratin « — », les formulations en « Ce n’est pas X, mais Y », « Le vrai sujet, c’est X »…
Si bien qu’on finit par se dire qu’il serait beaucoup plus rapide de tout réécrire en repartant de zéro.
Pendant la première vague d’IA générative — l’époque des GPT o4 et Sonnet 3.5, avant que le « raisonnement » devienne monnaie courante — je demandais à l’IA des fragments d’idées pour sortir de la page blanche. Le reste restait manuel : mes bonnes vieilles méthodes de travail.
Puis j’ai vu des tutoriels YouTube et des auteurs que j’apprécie partager ouvertement la façon dont l’IA les aide au quotidien. Je ne pouvais pas m’arrêter à cette irritation. Il y avait forcément quelque chose à creuser.
Je suis donc revenue à mes bons basiques : cadrer, corriger, capitaliser. Et ça fonctionne.
Cadrer
Une de mes règles sacro-saintes : ne jamais commencer une interaction avec l’IA sans savoir quelle est mon intention.
Je ne sais pas toujours exactement où je vais arriver ni ce que le texte va donner. Mais je sais ce que je cherche à faire, et pourquoi. Je partage la finalité avec l’IA, puis je vide toutes mes idées en vrac.
Ensuite, je demande à l’IA de me poser les questions nécessaires pour clarifier mon intention. Sans commenter tout de suite. Sans analyser ce que je dis. Simplement des questions.
« Ne commente pas mes notes, ne propose pas de plan. Pose seulement les questions nécessaires pour comprendre ce que ce texte doit accomplir, pour qui il est écrit et ce qui compte vraiment. »
C’est seulement une fois que j’ai tout déchargé que je lui demande de créer un premier brouillon.
Corriger
Quand un collègue vous demande votre avis sur un travail encore loin de ce qu’on attend, vous ne prenez pas votre stylo rouge pour annoter chaque phrase. Par bienveillance ou par efficacité.
Quelle qu’en soit la raison, vous y allez étape par étape. D’abord, on le remet dans la bonne direction. On lui rappelle ce que le travail doit produire, ce qui compte vraiment et ce qu’il faut éviter.
« Ce mémo n’est pas descriptif. Il doit aider un dirigeant à décider. Ne répète pas le même argument. Trois minutes de lecture, seulement ce qui éclaire la décision. »
Je fais pareil avec l’IA.
Si le premier résultat reste trop loin, je ne change pas phrase par phrase. Je rappelle la finalité. Je donne quelques exemples où les corrections sont évidentes. Puis je demande de reprendre depuis le début.
Pour un travail long, je lui demande aussi de se relire et de reprendre le texte plusieurs fois.
« Relis ce texte à partir de son objectif. Donne-lui une note sur 10, reprends-le, puis recommence au moins cinq fois. Fais évaluer chaque version par un autre agent, sans lui montrer les notes précédentes. Vérifie toi-même le résultat avant de t’arrêter. »
Je n’attends pas de l’IA qu’elle me produise une version finale. J’en attends une version correcte que je peux enfin juger dans son ensemble.
C’est à ce moment-là que je reprends la main : le ton, la nuance, le mot en trop, la phrase qui sonne faux. Et surtout, élaguer, supprimer, simplifier.
Capitaliser
À la fin de chaque session, je demande à l’IA d’extraire les apprentissages à retenir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs la prochaine fois que nous travaillons sur un texte. Je garde une trace de ces retours. Comme ça, je ne repars jamais de zéro.
Le dernier kilomètre avec l’IA reste le plus compliqué. Il est encore assez laborieux. Mais c’est la meilleure méthode que j’ai trouvée pour le moment.
Comme le disait Blaise Pascal :
« Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. »
Mes outils
- Murmure, pour dicter rapidement à l’IA les consignes de réorientation
- Draft Review Kit, pour relire un brouillon de texte sous plusieurs angles
- Plannotator, pour annoter précisément le texte généré par l’IA