Le cas d'usage IA ne veut plus rien dire
J’ai refait la backlog des projets IA mille fois.
Par priorité. Par statut. Par équipe. Par typologie.
La typologie… Parlons-en, de la typologie.
Le problème, c’est qu’elle mélange des objets qui n’ont ni la même taille, ni la même fonction, ni le même horizon de valeur.
D’un côté, les quick wins, ces cas d’usage « simples et rapides à mettre en place ». Ceux de la race des grands gagnants qui vont profiter à tous. Oui, tous ! Le compte rendu qui s’envoie tout seul après la réunion, le résumé automatisé qui dispense de lire ce dossier interminable.
Ensuite viennent les projets emblématiques. Ah, les grandes promesses ! Ceux qui vont transformer toute l’organisation : des processus métier automatisés de bout en bout, du genre à remettre en question le sens même du mot « travail ».
Enfin, il y a les sujets de fond. Ceux que je ne sais jamais où mettre. Ils sont « structurants », mais longs, compliqués et parfois même pas pour tout de suite. Données, infrastructures, gouvernance : ils restent dans la backlog parce qu’il ne faut surtout pas les oublier.
La backlog grossit, et on finit par ne plus savoir expliquer ce qu’est un « cas d’usage IA ». Pourtant, il faut la piloter, cette feuille de route.
On essaie de tout prioriser avec les mêmes critères. Pire : de tout rebalayer comme une liste de projets à chaque comité de pilotage.
Après trois ans à piloter des feuilles de route IA, j’ai fini par simplifier la backlog en trois objets : le chantier métier pour la finalité poursuivie, le processus métier pour le travail à transformer, et la capacité IA pour ce que l’on construit une fois et réutilise ailleurs.
La backlog ne peut être qu’un mélange mouvant des trois.
Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’on ne se contente plus d’automatiser le métier tel qu’il existe, mais qu’on commence à réinventer le métier et l’organisation ?
Je ne cherche donc plus la feuille de route parfaite. Je nomme la nature de chaque élément, je documente ses relations avec les autres, puis je demande à l’IA de générer la vue utile à la décision du jour : les priorités pour la direction, la charge pour les équipes, les capacités acquises pour la suite.
Une feuille de route IA ne peut pas se résumer à une liste de cas d’usage.
Un cas d’usage part du métier tel qu’il existe.
Une capacité oblige à imaginer le métier tel qu’il pourrait exister.