Journal de bord · 16 juillet 2026

Le cas d'usage IA ne veut plus rien dire

J’ai refait la backlog des projets IA mille fois.

Par priorité. Par statut. Par équipe. Par typologie.

La typologie… Parlons-en, de la typologie.

Le problème, c’est qu’elle mélange des objets qui n’ont ni la même taille, ni la même fonction, ni le même horizon de valeur.

D’un côté, les quick wins, ces cas d’usage « simples et rapides à mettre en place ». Ceux de la race des grands gagnants qui vont profiter à tous. Oui, tous ! Le compte rendu qui s’envoie tout seul après la réunion, le résumé automatisé qui dispense de lire ce dossier interminable.

Ensuite viennent les projets emblématiques. Ah, les grandes promesses ! Ceux qui vont transformer toute l’organisation : des processus métier automatisés de bout en bout, du genre à remettre en question le sens même du mot « travail ».

Enfin, il y a les sujets de fond. Ceux que je ne sais jamais où mettre. Ils sont « structurants », mais longs, compliqués et parfois même pas pour tout de suite. Données, infrastructures, gouvernance : ils restent dans la backlog parce qu’il ne faut surtout pas les oublier.

La backlog grossit, et on finit par ne plus savoir expliquer ce qu’est un « cas d’usage IA ». Pourtant, il faut la piloter, cette feuille de route.

On essaie de tout prioriser avec les mêmes critères. Pire : de tout rebalayer comme une liste de projets à chaque comité de pilotage.

Après trois ans à piloter des feuilles de route IA, j’ai fini par simplifier la backlog en trois objets : le chantier métier pour la finalité poursuivie, le processus métier pour le travail à transformer, et la capacité IA pour ce que l’on construit une fois et réutilise ailleurs.

La backlog ne peut être qu’un mélange mouvant des trois.

Comment pourrait-il en être autrement, alors qu’on ne se contente plus d’automatiser le métier tel qu’il existe, mais qu’on commence à réinventer le métier et l’organisation ?

Je ne cherche donc plus la feuille de route parfaite. Je nomme la nature de chaque élément, je documente ses relations avec les autres, puis je demande à l’IA de générer la vue utile à la décision du jour : les priorités pour la direction, la charge pour les équipes, les capacités acquises pour la suite.

Une feuille de route IA ne peut pas se résumer à une liste de cas d’usage.

Un cas d’usage part du métier tel qu’il existe.

Une capacité oblige à imaginer le métier tel qu’il pourrait exister.